Talib Kweli: son album "Radio Silence" passé au crible

Publié le 08.05.2018
Talib Kweli sera la tête d'affiche de l'événement de clôture marseillais, découvrez son dernier album, "Radio Silence".

Talib Kweli est vraiment un artiste particulier. Son nom est indissociable du rap East Coast et certains de ses morceaux sont des classiques de la Golden Era (tels que le fameux "Get By"). Il a collaboré avec les plus grands rappeurs, proposé les projets les plus audacieux mais paradoxalement, le rayon des déceptions est aussi bien rempli. Cela lui donne une carrière artistique au succès sinusoïdal, même s'il a su se maintenir au très haut niveau depuis plus de vingt ans et se construire une réputation digne du Hall of Fame. Pourtant quand on déçoit, ou qu'on doit assumer un échec, le plus important est de se remettre en selle en se rappelant les raisons qui nous ont fait tomber (parce qu'avouons-le, sa dernière proposition en date - Indie 500 - ne restera pas dans les annales).

A priori, Kweli a appris quelque chose et propose avec Radio Silence un projet qui lui ressemble : textes engagés et percutants décorés d'images et de productions impeccables, dont les rênes ont été confiées à la jeune génération. La liste des invités laisse d'ailleurs à réfléchir, notamment quand on voit Waka Flocka Flame ou Rick Ross crédités parmi les featurings, eux dont les styles ne sont pas ceux qu'on lui associerait instinctivement.

Mais restons sur les featurings et la place qu'ils occupent dans ce projet. Pour Kweli, ce n'est pas quelque chose d'anodin. L'artiste a sorti davantage d'opus en collaboration que d'albums purement solo et même sur Radio Silence, assimilé à un album solo, il prête son micro à sept reprises sur les onze tracks que compte l'album. Parmi les invités, on distingue de nouveaux talents, des gars déjà bien établis et quelques vétérans... Pêle-mêle, Kweli partage la cabine du studio avec Anderson .Paak ("Traveling Light"), Jay Electronica ("All of Us"), Waka Flocka ("Chips"), Rick Ross ("Heads Up Eyes Open") ou Myka 9 ("Radio Silence"). Sans oublier les voix délicates et soulful de Yummy Bingham ("All of Us"), Amber Coffman ("Radio Silence"), BJ The Chicago Kid ("The One I Love") ou Bilal ("Write At Home"). Même le jazzman et producteur Robert Glasper apporte sa touche à l'édifice sur le dernier track de l'opus, "Write At Home".

Du beau monde en somme, qui porte ce message ambivalent mais universel que décrivent Talib Kweli et de plus en plus de personnes autour de lui : abreuvée de bruits, de nouvelles, d'informations ou de rumeurs en tout genre, notre attention se détourne de l'essentiel et l'oppression devient la norme, malgré la douleur sourde et étouffée des laissés-pour-compte.

À noble cause, nobles serviteurs. En s'entourant de producteurs dont le talent n'est plus à démontrer, Talib Kweli apporte une touche de fraîcheur à cet opus. Parmi eux, citons J Rhodes, Oh No, Kaytranada ou The Alchemist. Bien que la filiation avec le boombap soit évidente, les productions proposées laissent aussi énormément de place à la musicalité, aux interludes parlés, aux beats propres à souhait et surtout à la modernité. Même le titre d'ouverture "The Magic Hour" décline, sur des cordes assez classiques, des guitares et des basses funk, des changements de rythme inspirés.

Retrouvez l'intégralité de la chronique de Radio Silence sur le site de The BackPackerz